Accueil > Ressources > Opinions > Que peuvent faire les communes pour agir sur leur système alimentaire (...)
Par Nicolas Bricas
Mars 2026
Alors que les élections municipales approchent à grands pas, les électeur·ice·s examinent les programmes des candidat·e·s. Aussi, il nous semble opportun de rappeler ce que les communes, communautés de communes, agglomérations et métropoles peuvent faire pour améliorer l’alimentation de leur population. Un rappel d’autant plus nécessaire que nombre d’élu· e· s ou de services techniques ignorent parfois les outils mobilisables à cet effet.
La restauration scolaire est le levier qui vient souvent à l’esprit en premier, dans la mesure où les communes en ont la compétence. La loi Egalim les contraint à augmenter la part d’aliments « durables », en particulier issus de l’agriculture biologique ou produits localement. De nombreuses municipalités ont déjà engagé une relocalisation des approvisionnements de leurs cantines. Pour autant, la mise en œuvre de la loi est difficile et l’engagement actuel des communes est très en deçà des objectifs qui y sont fixés, d’autant qu’elles sont peu aidées pour cela. Par ailleurs, n’oublions pas que certains signes de qualité et/ou que cette relocalisation ne garantissent rien en termes de respect de l’environnement et de qualité sanitaire. Et rappelons également que la restauration scolaire (élémentaire, collège et lycée), avec quatre à cinq repas par semaine et 37 semaines d’école par an, représente moins de 5 % des repas consommés par la population d’une ville. Autrement dit, ne fantasmons pas trop l’impact de la restauration collective sur l’agriculture ; il reste marginal. Mais voyons plutôt cet outil comme un levier de formation des jeunes générations aux enjeux des systèmes alimentaires. Portons aussi attention à ce moyen de construire de nouvelles normes sociales, par exemple sur le fait qu’un bon repas équilibré peut être sans viande. D’autres communes s’engagent également sur une politique de tarification différenciée des repas pour faciliter un accès pour tous les enfants à un repas de qualité.
En dehors de la restauration, une commune peut également agir sur le foncier agricole autour ou dans les interstices des zones bâties. Là encore, ne rêvons pas : l’agriculture urbaine ou péri-urbaine ne peut que partiellement nourrir une ville (légumes, volaille, œufs). Cela dit, préserver des terres cultivées proches de la ville est un moyen d’absorber des précipitations abondantes et d’éviter des inondations, de contribuer à refroidir la ville et de favoriser une rencontre entre citadin· e· s et agriculteur· ice· s, qui nourrissent aujourd’hui des relations distendues et pleines de malentendus. Si les villes sont loin d’être autosuffisantes, elles ont la possibilité de se connecter à des zones agricoles plus éloignées, excédentaires par rapport aux besoins de leur population, et avec qui peuvent se nouer des contrats de solidarité. Cette exploration balbutiante est aujourd’hui l’un des axes du projet Territoires agricoles et alimentaires solidaires (TerrAsol), coordonné par la FR Civam Occitanie et la Chaire et auquel est notamment associée la Métropole de Montpellier.
On entend encore beaucoup que l’éducation et la sensibilisation des consommateur·ice·s suffirait à l’adoption de comportements alimentaires plus durables. Or, de nombreux travaux scientifiques montrent que les individus savent bien ce qu’il faut faire, mais ne le peuvent pas nécessairement : trop coûteux financièrement, pas assez de temps, absence de commerces alentour, manque de compétences, etc. Il faut aussi et surtout construire des environnements alimentaires qui rendent les comportements vertueux les plus faciles possible, accessibles géographiquement et économiquement et désirables socialement. C’est là un outil majeur dont peuvent se saisir les communes via, notamment, l’implantation de magasins, marchés, jardins collectifs, dispositifs de gestion des déchets, etc. L’urbanisme commercial permet ainsi de lutter contre les déserts (absence d’une offre de qualité), les bourbiers (domination d’une offre de mauvaise qualité) ou les mirages (présence d’une offre très peu accessible) alimentaires. Dans cette perspective, quelques villes comme Lyon ou Montpellier ont créé des « Maisons de l’alimentation solidaires ». Ces tiers-lieux, co-gérés avec les habitant·e·s d’un quartier offrent la possibilité de se retrouver, par exemple, autour d’un café, dans un restaurant à prix accessibles, une épicerie solidaire, une cuisine partagée ou encore un espace d’information et de réunion. Objectif : redonner aux quartiers un espace commun de vie, d’animation et de reprise en main de leur alimentation.
Certaines communes agissent sur le recyclage des déchets organiques, en particulier pour en faire des fertilisants agricoles, ou facilitent les pratiques de tri et de réduction des emballages plastiques.
Enfin, les politiques agricoles et alimentaires mériteraient à être pensées plus démocratiquement en associant les habitant·e·s (sans oublier les jeunes) aux décisions concernant la restauration collective, l’aménagement des paysages alimentaires, la gestion des déchets, etc. D’où l’intérêt des assemblées ou des conseils citoyens de politique alimentaire comme un moyen de redonner du pouvoir d’agir aux citoyen·ne·s, au-delà de leur simple rôle de consommateur·ice·s ou usager·e·s.
Toutefois, si les communes peuvent mobiliser ces différents leviers pour transformer leur système alimentaire, la portée de tels outils reste limitée, en comparaison des politiques agricoles nationales ou européennes ainsi que des stratégies des grandes entreprises agro-alimentaires et de la distribution. C’est pour pouvoir influencer ces échelles que les villes se constituent en collectifs. La Chaire a ainsi accompagné la création d’un secrétariat permanent des Assises territoriales de l’agroécologie et de l’alimentation, dont la vocation n’est pas seulement d’organiser des rencontres entre territoires (prochaine édition à Dijon les 21 & 22 septembre), mais aussi de défendre un plaidoyer à la portée plus large que leur propre territoire.
L’alimentation concerne tout le monde et définit notre plaisir, notre santé, nos relations aux autres, notre culture et la façon dont nous façonnons nos environnements, urbains et ruraux. Alors interpellons nos candidat·e·s pour leur suggérer de se doter de politiques qui nous permettent, toutes et tous, de mieux manger et de mieux produire !